19 septembre 2012

L’illumination de Dôgen


Dôgen-zenji commença à s’intéresser au bouddhisme alors qu’adolescent il regardait la fumée d’un bâton d’encens allumé près du corps de sa mère morte, et ressentit l’évanescence de la vie. Ce sentiment grandit en lui, et aboutit finalement à son illumination et au développement de sa profonde philosophie. Quand il vit la fumée s’élever du bâton d’encens et ressentit l’évanescence de la vie, il se sentit très seul. Mais ce sentiment de solitude devint de plus en plus fort, puis s’épanouit en illumination quand Dôgen eut vingt-huit ans. Et il s’écria au moment de l’illumination : «Il n’y a pas de corps et pas d’esprit!»
 
Quand il dit «Il n’y a pas de corps et pas d’esprit», tout son être devint alors un éclair dans le vaste monde phénoménal, un éclair qui embrassait tout, qui couvrait tout, et qui était d’une qualité immense; tout le monde phénoménal se trouvait embrassé en ce phénomène indépendant absolu. Telle fut son illumination. Partant du sentiment de solitude devant l’évanescence de la vie, il réalisa la puissante expérience de la qualité de son être. Il dit : «J’ai lâché corps et esprit.» C’est parce que vous pensez que vous avez un corps ou un esprit que vous éprouvez des sentiments de solitude, mais, quand vous réalisez que tout n’est qu’un éclair dans le vaste univers, vous devenez très fort, et votre existence devient pleine de sens. Ce fut l’illumination de Dôgen, et c’est notre pratique.
 
~ Shunryu Suzuki
 
Esprit zen, esprit neuf
Éditions du Seuil, 1977

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