14 mars 2015

L'art de dévoiler

Le port du voile est une question difficile à trancher au couteau...
Est-il possible de couper la poire en deux?

Il ne faudrait quand même pas oublier l’essentiel derrière tout ce bataclan à propos des signes  et codes vestimentaires religieux : l’égalité femmes-hommes et la neutralité confessionnelle des institutions gouvernementales.

Les objets et les vêtements ont une valeur symbolique, et ce sont les gens qui leur attribuent une valeur identitaire. Si vous étudiez l’histoire du vêtement vous verrez comme cet aspect du débat est futile. En réalité, il vaut mieux étudier les lois et rituels religieux (créés par des hommes) intégrés aux lois civiles inégalitaires...

J’ai rassemblé quelques extraits de messages (mis à jour) publiés sur mon blogue Situation planétaire depuis 2011. Voyez le libellé «Religions» si le sujet vous intéresse.

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Religions 4 (2011)

Quand j’étais jeune, les religions les plus répandues au Canada étaient le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme. L’arrivée d’immigrants de toutes races, couleurs et confessions a peu à peu modifié le paysage. Il fallait nous familiariser à de nouveaux codes vestimentaires et religieux. 
       Tandis que j’observais cette transformation socioculturelle, je me demandais bien quelle influence aurait cette insertion cosmopolite sur notre propre culture, et surtout comment toutes ces religions allaient coexister hors des quartiers-ghettos des grandes villes. Les frictions étaient quasi inévitables puisque des minorités jadis invisibles devenaient soudainement très visibles. 
       J’avais déjà étudié en dilettante les religions traditionnelles ainsi que d’autres moins répandues. Une sorte de magasinage, non pas pour acheter, mais plutôt pour comparer, puisque je ne suis membre d’aucune religion ou secte. En réalité, je voulais mieux connaître les rituels (objets de tant de querelles!) et les codes d’éthique que certains croyants défendent bec et ongles même au prix de leur vie. 
       Début 2000, j’ai eu envie de creuser. J’ai relu des extraits du Talmud – je pense que la version était kasher… Je me suis fait un devoir de lire tous les sourates coraniques, vu le nombre croissant d’immigrants de confession musulmane qui arrivaient; j’ignore si la version est halal, il s’agit de : Le Coran Tomes I et II, une traduction intégrale publiée chez Payot. Puis, j’ai révisé des passages de la Bhagavad-Gita. Le taoïsme, le bouddhisme, la mythologie, le chamanisme, la métaphysique et bien d’autres systèmes de croyance ont aussi passé dans la moulinette. 
       Ce qui me frappait, c’était la quantité inimaginable de préceptes, de contraintes, d’interdictions et de superstitions auxquelles se soumettent les croyants pour plaire à un Dieu dont les caractéristiques varient passablement d’une confession monothéiste à l’autre. 
       Le moins qu’on puisse dire c’est que certaines religions sont «combatives» en raison de leur extrême propension au prosélytisme et au contrôle, tandis que d’autres sont plus pacifiques et libérales. D’autres encore s’apparentent davantage à une éthique de vie. 
       Même si toutes les religions et les sectes prêchent l’amour, celui-ci brille souvent par son absence – «ce que tu fais parle plus fort que ce que tu dis» disait Albert Schweitzer… Entre la théorie et la vraie vie, il y a parfois des années-lumière.

Montre-moi ta penderie et je te dirai qui tu es… (2012)

Les déguisements, les objets, les rituels et les coutumes, de nature socioculturelle et/ou religieuse, font partie de la vie; ils servent à démarquer et à identifier. 
       Le déguisement exprime ce que nous croyons être ou pensons devoir être. 
       C’est l’Halloween à l’année longue! 
       En effet, tous les codes vestimentaires sont permis, des plus simples aux plus sophistiquées, incluant les plus ridicules. Mis à part la cagoule, qu’on devrait réserver aux températures de moins 20° Celsius et aux vols de banque, où est le problème? 
       Qu’est-ce qu’on s’en balance des gréements, la plupart du temps choisis par souci de conformisme, d’appartenance ou en réaction à ces deux éléments. 
       De la même manière, ce ne sont pas tant les races et les ethnies elles-mêmes qui éveillent l’animosité, que leurs coutumes religieuses et civiques outrageusement barbares, cruelles et arriérées. 
       Mais là où le bât blesse vraiment, c’est lorsqu’une faction, drapée dans son bon droit, entend imposer à autrui ses dogmes, ses rituels, ses codes vestimentaires et alimentaires, ses objets de culte et ainsi de suite. Voilà une tout autre histoire. 
       Le contrôle politico-religieux, ce sépulcre de croyances, prescriptions et doctrines de conception humaine, reste le dénominateur commun derrière ces vains et récurrents débats autour de la laïcité et des religions, ou de l’athéisme et de la foi.

«Une croyance est l’œuvre de notre esprit. Elle est humaine et nous la croyons Dieu», disait Fustel de Coulanges (1830-1889). Ce dernier, dans son ouvrage «La Cité antique», mettait en lumière les rapports entre la propriété et les institutions politico-religieuses. Selon lui, «les anciens ne connaissaient ni la liberté de la vie privée, ni la liberté de l’éducation, ni la liberté religieuse. La personne humaine comptait pour bien peu de chose vis-à-vis des autorités presque divines de l’Église et de l’État.»

Des chartes de tous ordres (2013)

Encore et encore, les humains ont besoin d’afficher leur appartenance. On voit des signes distinctifs, pas seulement religieux, partout dans les rues; songeons aux skinheads par exemple. 
       Je me souviens que dans les années 50/60 les femmes portaient des foulards sur la tête, non pas comme signe religieux, mais parce que c’était à la mode et pratique quand on se promenait en voiture décapotable. Néanmoins, quand j’étais enfant, les femmes n’avaient pas le droit d’entrer dans une église sans se couvrir la tête (chapeau, foulard, résille), et les hommes devaient se découvrir. Hé! Logique.

Claudia Cardinale (actrice)  

La religieuse portait voile et cornette, et le prêtre, col romain et soutane. Personne ne s’en formalisait, ça faisait partie du décor. C’était le temps des médailles, des croix, des scapulaires, des chapelets, etc. Si, au lieu d’être crucifié, Jésus avait été électrocuté, aurait-il fallu s’agenouiller devant une chaise électrique au lieu d’une croix pour le prier? Hum...  
       Après la «révolution tranquille», les membres des ordres religieux et du clergé ont commencé à troquer leurs accoutrements contre des uniformes «civils», c’est-à-dire à s’adapter au 20e siècle. Ma foi, ce fut un pas évolutionnaire notable... Ça devait être pénible de ne pas pouvoir s’aérer le crâne avant la fin de la journée. Ouf!

Source : blogue «Les enfants de Duplessis» 
L’effectif des forces religieuses/cléricales (1931 à 1981) : 
Année             Religieuses     Prêtres            Démographie
1931                27 000             24 000             2 874 662
1941                33 000             28 000             3 331 882
1961                45 000             46 000             5 259 211
1981                28 000             23 000             6 547 207

Les juifs hassidiques du quartier voisin nous ignoraient et nous en faisions autant. Ils ne cherchaient pas à convertir les «impurs» que nous étions. Ils nous intriguaient. Notamment parce que dans cette communauté, les femmes se rasent les cheveux et portent des perruques, et que les hommes portent des chapeaux de fourrure par-dessus leur kippa – même en période de canicule. 
       À voir : «Félix & Meira», du cinéaste Maxime Giroux (prix du meilleur film canadien au festival de Toronto 2015). Il s’agit d’une histoire d’amour contrariée entre une juive hassidique mariée, et un Québécois «pur laine», fils prodigue d’une riche famille de Montréal. L’histoire se faufile dans un monde inconnu du grand public, celui des juifs ultra-orthodoxes. Deux mondes étanches, comme dit Giroux qui a déjà vécu dans le Mile-End (un micro-quartier à forte concentration hassidique situé entre Outremont et le Plateau).

Source : blogue «Des nouvelles de Montréal»

Même si l’on peut généralement s’habiller n’importe comment, il y a des professions qui requièrent le port d’un uniforme. Par exemple le policier et l’infirmière en service, afin de pouvoir les identifier rapidement en cas d’urgence... 
       Par contre, le camouflage complet ou partiel du visage (bizarrement réservé aux femmes) devrait être banni. Même chose pour le port d’une arme quelconque prescrit par une religion. Les institutions gouvernementales doivent être laïques. Nous n’avons pas à subir les rituels et les lois civiques/cléricales de toutes les religions qui coexistent ici. Même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible d’homogénéiser autant de pratiques disparates!
      Chacun est libre de suivre les prescriptions de sa religion ou de sa secte, mais il n’a pas le droit d’en imposer les dictats aux citoyens du pays où il a émigré. Si les pratiquants ont des agendas particuliers de prières, de congés religieux/civiques à contre-temps, des restrictions alimentaires, etc., ils peuvent s'organiser en privé, dans leurs propres communautés. Comme je ne mange pas d’animaux (pour nulle autre raison que la compassion), quand je suis invitée chez des carnivores, on me sert les légumes d’accompagnements... Les hôtes n’ont pas à imposer un menu végétarien à tous parce que je suis là! – je m’adapte.

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À cause des tragiques événements survenus récemment (relatifs à l’islam radical) il est devenu impossible de dissocier les voiles de l’intégrisme islamique, même le hijab. Les islamistes modérés demandent notre compréhension. Sont-ils seulement capables de nous comprendre?

Pour démêler les catégories de voiles (de gauche à droite) : hijab, niqab, tchador, burqa – Le hijab désigne «tout voile placé devant un être ou un objet pour le soustraire à la vue ou l'isoler». Il désigne plus particulièrement le voile que des femmes musulmanes disposent sur leur tête en laissant le visage apparent. Lorsque le visage est couvert, on parle de niqab, de burqa ou encore de sitar. Le hijab est également appelé «voile islamique». (Wiki)

«La femme qui porte le hijab ou le niqab au Québec n'est pas nécessairement consciente qu'elle heurte tout le discours qui prône l'égalité homme-femme, ni qu'elle remet en question la division de l'Église d'avec l'État. Sur ce dernier point, les Québécois sont fragiles, surtout les baby-boomers, qui voient resurgir l'intégrisme religieux, pas catholique cette fois, mais musulman!»
~ Martine Pelletier et Patrick Snyder, professeurs au Département d'études religieuses de l'Université de Sherbrooke

La société québécoise doit-elle tolérer toutes les coutumes religieuses fondamentalistes? On peut penser que les prosélytes intégristes nous testent pour voir jusqu’où ira notre tolérance. Si nous cédons à tous les accommodements (bénins et dangereux) revendiqués à grands cris d’indignation et d'accusations de xénophobie, le prochain débat ne portera pas sur le port du voile, mais sur l’intégration de la charia à notre propre système judiciaire. 
       Voici une statistique plutôt renversante : au Québec seulement, entre 2006 et 2011, la croissance démographique des «blancs» fut de 1,0%, et celle des «arabes» de 52,5%. (Wiki) On peut imaginer ce qui se passera si le pourcentage grimpe à 100%. Le jour où tous les apostats (ou les pratiquants d’autres religions) du Canada seront condamnés à mort parce qu’ils refusent de se convertir à l’islam, eh bien il ne restera pas grand monde dans ce pays...
       Quand je vois des produits étiquetés «halal» ou «kasher», je n’achète pas. Je sais, c’est stupide, car je pénalise en même temps nos producteurs locaux qui se voient refuser l'accès aux marchés de grande surface s’ils ne se conforment pas à ces normes. C’est dire à quel point les fondamentalistes ont déjà mainmise. Ça donne envie de mettre les voiles!

Autres :

Pourquoi privilégier l’État laïque?
Qu’on le veuille ou non, les attentats terroristes enfoncent inévitablement le bouton rouge : «religion». Les religions sont des prisons psychologiques (et parfois physiques) construites sur la peur, le jugement, l'exclusion, le péché, la culpabilisation, et les promesses de salut éternel (obtenu par procuration). Alors, plus quelqu’un est désespéré ou démuni, psychologiquement et/ou matériellement, plus il a de chance de se laisser embrigader. Le marketing est plus puissant et efficace que la raison et la science. Un auditeur racontait hier que son père était de confession musulmane et sa mère catholique, et que pour sa part il était athée : «Comment le même Dieu pouvait-il parler du côté gauche de la bouche à mon père et du côté droit de la bouche à ma mère? Ça n'avait pas de sens.» Pourquoi y a-t-il autant de religions s’il n’y a qu’un seul Dieu?
Suite : http://situationplanetaire.blogspot.ca/2014/10/pourquoi-privilegier-letat-laique.html

Les sectes : mythes et réalités
Mais, quelle différence y a-t-il entre une religion, une secte et un club social? Je n’en vois aucune. Personne ne conteste les religions traditionnelles, les confréries, les sociétés, les associations, les partis politique, les clubs sportifs, etcetera. Pourtant, tous les regroupements sont des contextes qui peuvent favoriser l’identification, la démarcation, l’exclusion, le sexisme, le sentiment de supériorité et les persécutions à petite et grande échelle. Ce sont parfois des foyers de propagation de l’intolérance, de frictions entre des gens de statuts différents, entre nations, cultures, castes, races, civilisations, religions, idéologies, croyances : «Nous ne faisons pas partie de ce groupe qui est différent (menaçant ou opposé à nous), donc inférieur.» C’est sécurisant de penser de la sorte.
Suite : http://situationplanetaire.blogspot.ca/2014/10/les-sectes-mythes-et-realites.html 

Violence : les droits humains bafoués
http://situationplanetaire.blogspot.ca/2012/11/violence-les-droits-humains-bafoues.html

«Selon certains auteurs, la Religion correspondrait à un besoin, chez l’homme, de donner sens à son existence, à sa présence dans le monde. Elle permettrait de donner des repères, une sorte de grille de lecture pour comprendre l’environnement au sens large. Elle structure les communautés puisque, au-delà du sens, la religion prescrit et interdit à travers des règles et des valeurs. 
        L’identité prend trois formes : personnelle, sociale et culturelle.
        Elle repose sur une unicité, une individualité différente des autres. Cependant, si l’individu souhaite se différentier (moi/autrui), il est également motivé à s’identifier à un groupe qui partage les mêmes valeurs, la même culture (eux/nous). ... La religion peut être considérée comme une production sociale qui s’inscrit dans un processus de transmission intergénérationnelle.  Celui-ci fait intervenir différents agents ou instances de socialisation (famille, pairs, école religieuse). 
        La religion est également une composante de l’identité culturelle.
        L’éducation religieuse formelle (lecture des livres sacrés, instruction de la théologie,  participation aux rituels…) tient une bonne place dans la socialisation religieuse mais l’influence familiale semble déterminante.»
        Article intégral, pour mieux saisir la dynamique :
http://www.psychologie-sociale.com/index.php?option=com_content&task=view&id=303&Itemid=76

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Citations du jour :

- Ce qui nuit le plus à la spiritualité, ce sont les religions.
- Ceux qui parlent toujours au nom de Dieu font leur large part pour faire damner le monde.
- Si Dieu donne la vie, pourquoi s’attendrait-il à être repayé? Ta vie t’appartient. 

~ Denis Gagné, psychologue (L'air de rien...)

«Les croyances religieuses sont comme les vieilles dents : cela branle, mais cela tient. Je me laisse aller avec d'autant plus d'abandon à ma haine contre la Religion, que je sens que cette haine est généreuse et qu'elle a ses racines dans les parties les plus élevées de mon être. C'est mon amour pour le bien, pour la justice et l'humanité, qui me rend hostile à ces monstruosités d'égoïsme et de fanatisme auxquelles tout dévot, s'il est conséquent avec lui-même, ne peut échapper.»

~ Louise Ackermann; 1813-1890 (Pensées d'une solitaire)

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